Quelque 14 000 litres de liquides radioactifs ont été déversés accidentellement par l’hôpital Gustave-Roussy dans les égouts  parisiens la semaine dernière. Le problème remet sur le devant de la scène la question des effluents d’hôpitaux. Car ils sont chargés de molécules diverses en provenance des traitements administrés aux malades mais aussi des travaux effectués dans les laboratoires des produits d’entretien ou encore de l’urine des patients. Une jeune entreprise de biotechnologie s’est lancée sur ce marché en s’appuyant sur un outil aussi fiable qu’original: des têtards appartenant à l’espèce xenope équipés de bio-marqueurs spécifiques les rendant fluorescents lorsqu’ils entrent en contact avec des polluants.

Faciliter l’identification des molécules

«Il y a un vrai besoin de diagnostic», affirme Gregory Lemkine, le jeune patron de l’entreprise, formé auprès des grands spécialistes des amphibiens du Museum national d’histoire naturelle. Baptisée WatchFrog, la bien nommée société qui compte quinze salariés vient de décrocher le marché du tout nouveau Centre hospitalier sud-francilien (CHSF) construit à la jonction de Corbeil-Essonnes et Évry. Un très gros hôpital «dont les effluents sont segmentés en fonction de leur provenance (laverie, cuisine, soins, laboratoire…) ce qui va faciliter l’identification des molécules», souligne le patron de l’entreprise. «Pour pouvoir agir, il faut effectuer les mesures au plus près de la source», ajoute-t-il.

Watchfrog dispose d’un laboratoire mobile et effectuera régulièrement des prélèvements des eaux usées pour effectuer ces tests. La réaction intervient dans les minutes ou les heures qui suivent sur le têtard mais permet de prédire des effets à long terme beaucoup plus importants. «Si l’on prend l’exemple de résidus de pilules, la réaction est visible immédiatement mais dans la nature il faut plusieurs semaines pour qu’un poisson se féminise», explique encore Gregory Lemkine. On sait de la même manière que des molécules anticancéreuses ont des effets par leur nature génotoxique ou que des substances utilisées en neuropsychiatrie peuvent agir comme des perturbateurs endocriniens.

500 à 4 000 œufs par ponte

L’idée, c’est bien que les hôpitaux sont pour le moment peu ou mal équipés pour gérer leurs effluents, que l’essentiel de ces rejets part vers les stations d’épuration et que celles-ci bénéficient rarement des techniques permettant de filtrer ces micropolluants. Or, les principes actifs de très nombreux médicaments sont conçus pour agir à de faible dose sur la reproduction, le développement du cerveau ou le métabolisme.

L’entreprise élève ces petites bestioles au Genopole d’Évry. Pour tester un effluent dans un échantillon d’eau, une vingtaine de larves sont nécessaires sachant qu’une seule ponte représente entre 500 et 4 000 œufs. Des larves qui pourraient s’exporter vers les États-Unis où l’entreprise est en pourparlers avec l’EPA (agence américaine pour l’environnement) pour diagnostiquer les rejets des centres hospitaliers américains. Un clin d’œil des Froggies aux Américains.