Alors que la planète a officiellement atteint les 7 milliards d’habitants en octobre dernier, une question se fait de plus en plus pressante : comment peut-on répondre aux besoins alimentaires d’une population grandissante ? Comment nourrir 2,5 milliards de bouches supplémentaires à l’horizon 2050, sachant que déjà plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde ?
 
Une grande partie de la solution résiderait dans les algues, qui ont le triple avantage de pousser facilement, vite et en grandes quantités, en plus d’offrir plusieurs possibilités d’exploitation. Elles peuvent ainsi servir de fertilisant, de nourriture pour animaux et, on l’a évoqué, sont de plus en plus utilisées dans la production de biocarburants.
 
Selon les scientifiques, les algues peuvent produire 15 à 30 fois plus d’essence que le maïs et le soja. Il serait donc judicieux de cesser de « gâcher » les cultures agricoles dans la production de bioéthanol et de privilégier la production d’essences alternatives à base d’algues… Pareil basculement permettrait de surcroît d’économiser des milliards de litres d’eau chaque année. Rappelons en outre que les algues sont également répandues dans la gastronomie, en salade et dans les fameux makis notamment. Dès lors, pourquoi ne pas les envisager comme variantes à la frisée ou à la mâche ?
 
Ensuite, et même si cette idée a beau en révulser plus d’un, envisager une alimentation à base d’insectes s’avèrera sans doute nécessaire au fil des années. S’ils ne sont guère appréciés des Occidentaux, de nombreuses populations en Afrique, en Asie et en Amérique Latine se nourrissent toutefois – et ce depuis toujours – d’au moins 1 400 espèces d’insectes différentes, souligne M. Vidal. En plus d’être bons pour la santé, car riches en protéines, en calcium, en fer et faibles en matières grasses et en cholestérol, les insectes ont l’atout pratique de ne requérir que peu d’espace. Sans oublier que les petites bêtes émettent nettement moins de gaz à effet de serre (GES) que les grosses.
 

De son côté, le dénommé Zhikang Li a développé un « super riz vert », une nouvelle variété obtenue non pas par modification génétique mais en croisant pas moins de 250 variétés différentes. Celle-ci produit beaucoup plus de graines tout en étant plus résistante à la sécheresse, aux inondations, aux insectes nuisibles et aux maladies. A condition bien sûr d’être autorisé à la commercialisation, ce « super riz vert » pourrait nourrir jusqu’à 100 millions de personnes supplémentaires en Asie. De quoi inciter à étudier de nouvelles techniques de croisement génétique sur d’autres cultures.

S’il est une expérience scientifique dont on a beaucoup plus parlé ces dernières années, c’est bien celle de la viande artificielle. Si on est encore loin de voir des filets de bœuf ou des escalopes de poulet conçus en laboratoire surgir dans nos assiettes, le fait est que la recherche avance, petit à petit. Les premiers morceaux de viande « cultivés » à partir de cellules souches pourraient même faire leur apparition l’an prochain. Bien qu’ils devraient, dans un premier temps en tout cas, n’avoir aucun goût.

Enfin, en termes de surface exploitable, diverses technologies sont actuellement à l’étude afin de développer un moyen de cultiver de la nourriture dans les contrées les plus arides. Un inventeur britannique a notamment mis au point une vaste serre pour permettre un déploiement de l’agriculture dans les déserts. De même, une « Grande Muraille Verte » est en train de s’ériger en Afrique  afin de lutter contre la désertification.

Au vu de l’augmentation perpétuelle de la population mondiale, du réchauffement climatique et des conséquences attendues de la hausse des températures globales sur l’agriculture ainsi que sur les réserves en eau, au vu de l’appauvrissement des réserves halieutiques mondiales, il est grand temps d’envisager des solutions durables pour l’alimentation de demain. Il est donc encourageant de voir de telles alternatives étudiées ici et là, en espérant bien sûr qu’elles seront rapidement mises en pratique une fois leur faisabilité avérée…

 

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Une alternative à la viande: La quiche aux vers

quiche vers Une alternative à la viande: La quiche aux vers

Qu'est-ce qui a un "goût de noisette", est riche en protéine, pauvre en graisses, rejette peu de gaz à effet de serre et de lisier, et ne transmet pas de maladies à l'humain qui le consomme ? L'insecte.

Selon une équipe de chercheurs néerlandais,  les insectes finiront par remplacer la viande dans nos assiettes, en tant que source de protéine meilleure pour la santé et l'environnement. "Le jour viendra où un Big Mac coûtera 120 euros et un Bug Mac 12 euros

[bug signifie insecte en anglais], où les gens qui mangent des insectes seront plus nombreux que ceux qui mangent de la viande", a prédit l'entomologiste Arnold van Huis, au cours d'une conférence à l'université de Wageningen (Pays-Bas) où il présentait les derniers résultats de leurs recherches.

CHANGER LA MENTALITÉ OCCIDENTALE

"Un goût… de noisettes" : Walinka van Tol, étudiante néerlandaise, mord dans un chocolat d'où dépasse un ver. Avec deux cents autres curieux, elle a joué aux cobayes pour l'équipe de scientifiques. Rouleaux de printemps aux sauterelles, ganache au chocolat et aux larves et quiche aux vers de farine ont été rapidement engloutis.

Mais Marcel Dicke, le chef du département d'entomologie de l'université de Wageningen, sait qu'il faudra davantage qu'un ver enfoui dans un chocolat pour changer la mentalité occidentale. "Le problème est làLes gens croient que c'est sale", explique-t-il devant une exposition de moucherons, guêpes, termites et coccinelles, quelques-unes des 1 400 espèces d'insectes comestibles. "Nous devons manger moins de viande ou trouver une alternative",assure le chercheur qui affirme manger régulièrement des insectes en famille.

sucette insecte Une alternative à la viande: La quiche aux vers

 

METS DÉLICATS

Selon l'agence de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la planète comptera 9 milliards d'habitants en 2050 alors que la superficie des terres agricoles a déjà commencé à diminuer. Avec dix kilos de végétaux, on produit six à huit kilos d'insectes, contre un kilo de viande seulement.

"La question à se poser devrait vraiment être : pourquoi ne pas manger d'insectes ?", estime Marcel Dicke en citant une étude selon laquelle chacun mange, à son insu, en moyenne 500 grammes d'insectes par an, dissimulés dans de la confiture de framboises ou du pain par exemple. Environ 500 variétés d'insectes sont consommées au Mexique, 250 en Afrique et 180 en Chine, où ils sont souvent considérés comme des mets très délicats.

tartelette insectes(1) Une alternative à la viande: La quiche aux vers