Près de 60 acteurs de l’immobilier allemands se sont réunis pour former la Deutsche Gesellschaft für nachhaltiges Bauen (DGnB), Conseil allemand pour la construction durable. Placée sous l’égide de la World Green Building Council, cette organisation a pour but de définir et de promouvoir le premier label national de construction durable en Allemagne. Objectif : prendre en compte le cycle de vie d’un bâtiment dans son entier ainsi que son impact social.
Allemagne: création du premier label national de construction durable
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« Il n’existe pas en Allemagne d’équivalent au label français HQE, » constate Anna Braune, directrice de la DGnB. « On trouve un grand nombre de labels ou de certificats, mais beaucoup ne se concentrent que sur un aspect de la construction, tout particulièrement sur les matériaux de construction. » Elle précise par ailleurs que les maisons passives ne sont pas un label en soi mais un standard de construction, qui se concentre sur l’aspect énergétique du bâtiment. On compte pour le moment près de 6000 bâtiments construits en mode passif en Allemagne.
Labelliser l’impact social et environnemental d’un bâtiment
« Ce qui est primordial, c’est de privilégier la vue d’ensemble sur les considérations utilitaires des bâtiments, » relève Bernhard Bürklin, responsable des projets durables chez Hochtief, et futur membre de la présidence du nouveau conseil pour la construction durable. « Les projets immobiliers qui concilieront les exigences environnementales avec les considérations sur la santé des habitants et la protection des ressources se verront attribuer un label unique, qui démontrera la qualité sur toute la chaîne de construction. » Hochtief fait partie des membres fondateurs de ce conseil, rejoint, entre autre, par la Deutsche Bank, BASF, ou Saint Gobain Isover G + H (spécialisé dans les matériaux d’isolation).
Anna Braune précise que des critères sociaux seront également pris en compte, des critères jusque-là laissés volontiers de côté au profit de ceux liés aux économies d’énergie. « La proximité du bâtiment aux transports publiques, ou encore l’accès au bâtiment pour les personnes âgées ou les handicapés en sont des exemples. Ils répondent aux souhaits pressants des architectes qui ont rejoint l’ONG. »
L’ »ONG » prévoit d’introduire le nouveau label au plus tôt en mars 2008. Il se base sur la norme internationale ISO 14025, qui donne un cadre de référence pour développer les déclarations environnementales de produits (DEP). La norme permet ainsi d’améliorer la transparence et la communication entre les entreprises, ces dernières pouvant ainsi procéder à des comparaisons entre produits ayant la même fonction. En France, la norme NF P 01-010 indique comment retranscrire sous forme d’une fiche standardisée les impacts environnementaux et sanitaires des produits de construction et d’équipements.
Au-delà de la norme ISO 14025, le conseil a retenu cinq critères qui formeront le cœur du nouveau label – et définiront ainsi toute la philosophie du concept : la protection des ressources, le maintien en l’état de l’environnement naturel, la prise en compte de la santé des habitants du bâtiment, l’amélioration et la protection du bien public, ainsi que le respect des valeurs durables.
Fort soutien politique
Anna Braune se montre confiante quant au succès du nouveau label à venir. D’une part, parce qu’elle observe une demande constante et régulière de la part des grands acteurs de l’immobilier allemand, d’autre part parce que le label a reçu l’appui du gouvernement. « La demande du politique pour ce nouveau label est très forte et très concrète, » relève la directrice de la DGnB.
Le parc immobilier allemand compte 38 millions de logements, dont 29 millions construits avant 1979, c’est-à-dire avant les premières mesures d’économie d’énergie. C’est dire si le chantier de la rénovation présente des enjeux immenses tant au niveau économique, environnemental que social, les HLM étant également pris en compte. De fait, un grand nombre de projets sont mis sur pied par les gouvernements successifs, soucieux de rénover le tissu urbain en respectant les trois aspects. Si les impératifs peuvent varier d’un programme à l’autre, une constante demeure, celle de l’économie d’énergie. Rappelons que les prix à l’énergie en Allemagne comptent parmi les plus élevés de la zone Euro.
De nombreux programmes promouvants les économies d’énergie existent. Mais celui de l’aide à la rénovation énergétique (CO2-Gebäudesanierungsprogramm) brille tout particulièrement par son ampleur : de 2001 et jusqu’en 2009, le gouvernement allemand prévoit d’injecter 5,6 milliards d’euros, soit par aides directes, soit par crédits. Dernière mesure en date : l’introduction au 1er octobre 2007 d’un passeport énergétique pour les bâtiments. Ce passeport se présente avec une échelle semblable à celle que l’on trouve pour les appareils électroménagers, allant du rouge au vert. Etabli par un expert indépendant, il devra être présenté avant chaque achat ou chaque location.
« Pour le moment, le gouvernement conseille, dans le cadre du nouveau passeport, un seuil d’émission de CO2 fixé à 80 kw/h/m2 par an, » rapporte-on à la ABG Holding de Francfort. Et de préciser : « Or, la plupart des nouveaux bâtiments atteignent déjà une moyenne de 60 kw/h/m2 par an, voire 30 kw/h/m2 pour certaines habitations à faible consommation énergétique (Niedrigenergiehaus), ce qui réduit sensiblement la facture énergétique des habitants. » La ABG Holding se décrit comme la plus grande entreprise de construction de logements d’Allemagne. Entreprise publique (elle appartient à la ville de Francfort), elle gère un parc immobilier de 50 000 habitations qu’elle entend rénover en mode passif quand les conditions de rénovation le permettent. Onze projets « passifs » ont ainsi été construits, ou sont en cours, dont des logements sociaux ainsi qu’un projet incluant habitations, commerces et espaces professionnels annoncé par la ABG Holding comme le plus grand de ce genre en Europe.