De passage à Rome pour assister au sommet mondial sur la sécurité alimentaire, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a répondu aux questions de quelques journalistes européens.

Le sommet de Rome qui ne comporte aucun engagement chiffré pour combattre la faim est-il un échec ? 
Il faut voir comment mettre en œuvre les décisions qui seront prises. Lors du sommet du Millénaire en l’an 2000, nous étions convenus de diminuer de moitié la pauvreté extrême d’ici 2015. L’an prochain, en septembre, je convoquerai à New York un sommet spécial sur cet objectif, que je considère encore valide. La sécurité alimentaire reste en tête de notre agenda.

Y a-t-il un lien avec la lutte contre le changement climatique ? 
Très étroit. Sans sécurité climatique, il ne peut y avoir de sécurité alimentaire. Les sécheresses prolongées, les pluies torrentielles, les restrictions à l’accès à l’eau potable affectent la productivité agricole. Un milliard d’êtres humains souffrent la faim. Il faut interrompre ce cercle vicieux.

Craignez-vous un échec du sommet de Copenhague, le mois prochain ? 
Il y aura un accord politiquement contraignant et substantiel. Nous devrons conclure un nouveau traité (succédant en décembre 2012 au protocole de Kyoto) qui soit global, équitable et juridiquement contraignant. C’est notre but. Ce sera fait. Je m’attends que tous les leaders s’engagent à Copenhague. Washington devra se conformer à ce traité dès que possible.

Quand ? D’ici juin 2010 ? Faudra-t-il attendre un autre sommet à Mexico ?
Les leaders devront convenir d’un délai. Il ne nous reste pas beaucoup de temps. Le réchauffement climatique s’accélère plus vite qu’on ne pensait. Tous conviennent de l’urgence de décisions. Des progrès significatifs ont été faits. On partage le point de vue que la température ne doit pas augmenter de plus de deux degrés (NDLR : par rapport à l’ère préindustrielle). Les pays industrialisés sont d’accord pour se fixer des objectifs ambitieux à moyen terme. L’adaptation (aux changements climatiques) est très importante. Une convergence se fait aussi sur la nécessité de soutiens substantiels, financiers et technologiques, pour les pays en développement. Au moins dix milliards de dollars par an d’ici 2012, pendant la phase de transition. Puis, après la ratification du nouveau traité, il faudra songer à un paquet de 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2020.

Vous attendez-vous à un refus du Sénat américain ? 
La semaine dernière, j’ai rencontré les leaders démocrates et républicains au sénat américain. J’ai obtenu de leur part un très large soutien. S’ils n’adopteront formellement aucun accord global avant Copenhague, ils disent pouvoir envisager de reconnaître un cadre politique, ce qui aiderait beaucoup. Au sommet sur le climat que j’avais convoqué en septembre à New York, une centaine de leaders du monde entier s’étaient déclarés en faveur d’un accord. J’ai bon espoir d’y parvenir.

Comment se comportera la Chine ? 
A New York, le président Hu Jintao avait affirmé que son pays réduirait de manière significative ses émissions de gaz et augmenterait le niveau d’énergie renouvelable. Je suis allé en Chine et j’ai été impressionné par l’effort qui y est fait.