Annoncée historique, la conférence de Copenhague s’affirme en tant que telle. Paradoxe étrange : alors que Connie Hedegaard, présidente danoise de la COP 15 (15ème conférence des Parties) prône la transparence du processus de négociation, les ONG sont éliminées par vagues de l’enceinte du Bella Center, lieu de la conférence sur le climat, au point qu’il ne devrait plus en rester que … 90 représentants vendredi.

Du jamais vu dans une conférence des Nations unies. Raison : la jauge de sécurité, fixée à 15.000 personnes, en priorité aux pléthoriques délégations officielles. 

Lundi, médias, observateurs et délégués ont été des centaines à attendre des heures dans le froid avant de pouvoir accéder au bâtiment pour obtenir – ou non – leur accréditation. Dès mercredi, les médias devraient être cantonnés dans la salle de presse et leur circulation restreinte dans le bâtiment. L’arrivée des ministres et le basculement de la méga-négociation dans sa phase politique de « haut niveau » va déclencher un zonage de sécurité. La manifestation prévue mercredi 16 a entraîné des arrestations préventives. Le porte-parole du mouvement Climate Justice Action, Tadzio Mueller, a été arrêté à sa sortie du Bella Center cet après-midi. 

Dans l’enceinte officielle devenue bulle étanche, le mur de la défiance semble se renforcer entre pays industrialisés et pays en développement. Ce clivage est incarné par le dédoublement du « draft » de négociation en deux textes qui, malgré plusieurs tentatives, n’ont jamais pu fusionner. Il s’agit d’une part du texte du groupe de travail sur la coopération à long terme, issu de la conférence de Bali (2007), qui ouvre la possibilité « à long terme » « pour toutes les Parties » de s’engager dans des réductions d’émissions. En clair, ce texte rend possible le ralliement des pays émergents à des objectifs de réduction comparables à ceux des pays du Nord. L’autre texte porte uniquement sur la suite du protocole de Kyoto, qui ne comporte pas d’objectifs chiffrés pour les pays émergents. C’est ce texte qu’ils souhaitent voir adopté. 

La crispation actuelle de la négociation porte sur l’étanchéité entre ces deux voies. Les pays en développement craignent la levée du « pare-feu » (« firewall ») qui sépare, à leur demande, ces deux démarches. Et les propos livrés cet après-midi par Yu Qingtai, chef de la délégation chinoise, traduisent en termes crus ce que les non dits diplomatiques tentent de dédramatiser :  »la volonté européenne de nous pousser à des engagements relève d’un manque d’équité ». Traduction : il n’est pas question que le texte du groupe de travail sur le long terme, piloté par Michael Zammit Cutajar (Malte), ne serve à contraindre les pays en développement à quelque engagement que ce soit.

La nuit s’annonce longue et les discussions tourneront autour de la forme, unitaire ou bicéphale, que prendra le support final. Les ministres, arrivés aujourd’hui, devront arbitrer les volets techniques du texte dans le cadre de groupes informels de négociation. Puis, jeudi et vendredi, les chefs d’Etat devront trancher entre deux chiffres au moins : plafonner à +1,5 ou à + 2°C la hausse de la température globale, chiffres actuellement entre crochets dans le texte. On attend demain deux événements parallèles : une grande manifestation de Climate Justice Action autour du Bella Center, et une nouvelle architecture du texte, qui sache ouvrir des ponts sans déclencher la défiance. La tâche de Mme Hedegaard s’annonce délicate. Plus que jamais le monde semble clivé, dans les coulisses comme dans les rues, survolées par les hélicoptères.