Alors que la contestation des milliers d’opposants au projet de transfert de l’aéroport nantais vers Notre-Dames-des-Landes ont défilé ces derniers temps en nombre, la tendance internationale d’aéroports se voulant plus écologiques prévaut désormais à tout nouveau projet.

Des aéroports verts, une utopie qui passe par les chèvres et les abeilles ? Peut-être, car, se lançant dans l’aventure du développement durable, les gestionnaires de ces grands lieux où volent l’essence et autres vapeurs mettent de l’avant des solutions étonnantes.

De 2004 à 2009, Aéroport de Montréal a soustrait un peu plus de 24 000 tonnes de CO2 de son bilan d’émissions grâce à la modernisation de sa centrale thermique, a calculé la firme L2L consultants. C’est comme retirer 4745 voitures des routes du Québec pendant un an, selon le calculateur en ligne de l’Environmental Protection Agency (EPA) américaine. Ou, si vous préférez, comme si 790 con-ducteurs avaient troqué leur auto pour le vélo pendant six ans.

De Montréal à Tokyo, les terminaux cherchent à devenir plus verts, mais aussi plus responsables. D’ailleurs, les différents gestionnaires d’aéroports se sont réunis début novembre dans le cadre de la cinquième conférence annuelle, lors de l’Airports Going Green, à Chicago. Y étaient présents des représentants de partout, de l’aéroport Heathrow de Londres à celui d’Abou Dabi.

On y a parlé du nouveau Graal : le « bilan zéro ». Comment en effet arriver à annuler toutes les émissions de carbone d’un aéroport par des technologies vertes, pour un bilan zéro de carbone ? Panneaux solaires, toits verts… Plusieurs initiatives sont proposées. Mais aucun aéroport américain n’atteint ce bilan zéro, et si on peut s’en approcher, ça reste un but idéaliste.

Quand même. L’aéroport international O’Hare de Chicago (en photo) possède le plus grand toit vert aéroportuaire au monde, où butinent des abeilles dont le miel est vendu aux voyageurs ! On songe aussi à employer des chèvres pour y tondre l’herbe sous peu…

Montréal travaille fort

Aéroport de Montréal (ADM) souhaite se doter de son premier plan d’action en matière de développement durable d’ici la fin de 2012. Certifié ISO 14001, le terminal se préoccupe de son impact environnemental depuis déjà plusieurs années.

Les initiatives vont de stores qui bloquent les rayons du soleil pour éviter la surchauffe en été au compostage et à la plantation d’arbres.

« L’environnement fait partie intégrante de notre plan stratégique », dit Christiane Beaulieu, vice-présidente aux affaires publiques et communications à ADM.

En attendant le lien ferroviaire avec le centre-ville, elle est très fière du déploiement de l’autobus 747, de concert avec la Société de transport de Montréal. « Nous avons dépassé le million de passagers l’an dernier ! Même si ça coûte huit dollars, les gens sont prêts à prendre le transport collectif », dit-elle.

Activités de récupération

ADM teste depuis peu le compostage. Des restaurateurs ont été invités à composter les déchets putrescibles en cuisine. « Ça va très bien », constate Christiane Beaulieu.

Le compostage ne s’étendra pas aux rebuts des consommateurs pour l’instant. Il est déjà difficile d’implanter le recyclage dans les aires de restauration. « Il y a encore beaucoup à faire pour le recyclage, dit Mme Beaulieu. On n’atteint pas 50 %, et il faut vraiment trouver comment améliorer notre moyenne. »

De plus, tout rebus provenant des vols internationaux – plateaux de repas, verres, journaux… – prend automatiquement le chemin des décharges sans être recyclé. « C’est la loi pour les rebuts internationaux. Si on regarde les tas de déchets produits dans l’année, une grande partie vient de là », observe Mme Beaulieu.

Bientôt, le dégivrant utilisé en hiver connaîtra une seconde vie. Le liquide est récupéré sous le plancher du centre de dégivrage, et d’ici un an, Mme Beaulieu espère que la certification entérinant sa réutilisation après traitement sera acceptée. « Et ça va réduire les coûts ! », ajoute-t-elle.

Un secteur résistant au changement

Le transport aérien est responsable de 3 à 5 % des émissions de gaz à effet de serre. Relâché à haute altitude, le CO2 émis par les avions est également plus dommageable que celui libéré près du sol.

S’ils veulent être de bonnes entreprises citoyennes et montrer l’exemple, les aéroports sont cependant largement limités dans leurs initiatives écologiques par les compagnies aériennes elles-mêmes. Prenons le cas du fameux A380 d’Airbus : plus gros que le 747, il a besoin de plus d’espace pour décoller et atterrir, obligeant les aéroports à l’accommoder pour ne pas devenir des terminaux de seconde zone. Cet appareil crée également un vortex plus large au décollage et à l’atterrissage, ce qui allonge le temps d’attente des autres appareils au sol et dans les airs, consommant du carburant dans l’intervalle.

Mais les constructeurs n’ont pas nécessairement intérêt à inventer des avions plus performants d’un point de vue environnemental, selon les chercheurs australiens Robberts Kivits, Michael Charles et Neal Ryan, qui mènent l’Airport Metropolis Research Projet, financé par des fonds publics.

En effet, il pourrait s’écouler 20 ans avant que l’industrie récupère les billes investies dans le développement de l’A380. Il faudra donc l’utiliser encore longtemps pour espérer une quelconque rentabilité. L’industrie aéronautique serait particulièrement résistante au changement, écrivent-ils dans la revue scientifique Futures : les risques financiers importants, les changements technologiques énormes requis et l’incertitude quant aux avantages freinent les innovations.

Et remplacer une technologie par une autre prendrait 30 ans : 10 ans de recherche et développement, additionnés aux 30 ans où l’appareil est en service.

Un chercheur a même calculé qu’avant que 50 % des avions soient propulsés à l’hydrogène — émettant de la vapeur d’eau plutôt que du carbone —, près d’un siècle pourrait s’écouler !