Déclenchez l’éclairage public avec votre téléphone portable

Déclenchez l’éclairage public avec votre téléphone portable

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Lorsque Marie-Pierre, 65 ans, regagne son domicile à la nuit tombée, dans le quartier de la pointe Saint-Gildas, à Préfailles (Loire-Atlantique), au bord de l’océan, elle actionne l’éclairage public depuis sa voiture, à l’aide de son téléphone portable, à trois cents mètres de sa maison. « Je vis seule chez moi, confie la sexagénaire, régulièrement en mission à l’extérieur en sa qualité de correspondante de presse pour un quotidien régional. Sitôt que j’ai composé le numéro dédié à ce service, l’intensité des lampadaires augmente dans ma rue durant quelques minutes. Cela me rassure : à mon arrivée, l’entrée de ma propriété est correctement illuminée. »

Pareille intervention est possible depuis le 1er février. La commune de Préfailles – 1 300 habitants en hiver, 13 000 en période estivale – fait la chasse au gaspillage en matière d’électricité et expérimente différents dispositifs d’éclairage, selon la typologie des quartiers. L’objectif affiché est écologique et économique.

« Vous savez, ici, on est très sensible à l’environnement à cause de la marée noire due au pétrolier Erika« , dit le maire, Jean-Luc Le Brigand (Parti radical). « On veutconsommer moins et réduire nos factures d’électricité. Mais aussi lutter contre lapollution lumineuse et œuvrer ainsi en faveur de la biodiversité », ajoute-t-il.

Quatre solutions alternatives sont à l’essai, grâce notamment au soutien financier de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise d’énergie (Ademe). La plus novatrice – et incontestablement la plus souple – consiste à proposer cet éclairage à la carte aux habitants domiciliés dans le quartier de Marie-Pierre, secteur qui regroupe dix-sept habitations principales et une cinquantaine d’habitations secondaires.

« L’idée a déjà été adoptée par trois villages allemands mais c’est une première en France », assure Jean-Luc Le Brigand. L’éclairage des luminaires publics est garanti en moins de trois secondes, sur simple appel d’un numéro gratuit à partir d’un téléphone fixe ou mobile. Sans appel, les luminaires, équipés d’ampoules LED, sont placés en mode veilleuse, « système assurant un minimum de lumière pour couper court à tout sentiment d’insécurité et garantissant 92 % d’économie par rapport à l’éclairage standard », précise le maire.

DISPOSITIFS MOINS ÉNERGIVORES

Le dispositif est jugé « épatant » par Michel, autre riverain installé à l’année, qui ne l’a toutefois expérimenté qu’à deux reprises. « Une fois pour le tester, une fois parce que je rentrais tard », rapporte-t-il. « La démarche est plutôt intelligente, pense Paul, 72 ans. Mais l’installation me paraît un peu disproportionnée par rapport au nombre d’habitants. Et puis, on est un peu au bout du monde, les réseaux des portables ne sont pas toujours performants. Et la batterie d’un téléphone peut se retrouver à plat. »

Dans plusieurs autres quartiers, la ville a opté pour l’installation sur les lampadaires de détecteurs de présence, lesquels actionnent, sitôt un mouvement repéré, un flux d’énergie plus puissant durant cinq minutes. En dehors de tout passage, la lumière reste là aussi en mode veilleuse, offrant un confort de vision déjà suffisant pour nombre d’administrés.

Plus ordinaire, la troisième solution repose sur la mise en place de candélabres de dernière génération qui dispensent une lumière suffisante avec des ampoules dont la puissance est réduite de moitié. Enfin, ultime dispositif testé, l’extinction de deux lampadaires sur trois dans certains îlots d’habitation. D’ores et déjà, cette dernière mesure n’apparaît guère convaincante, car elle génère « des trous noirs », reprochent certains résidents.

A la fin de l’année, après avoir consulté les habitants, la ville adoptera les dispositifs jugés les plus efficaces. Il s’agira alors de renouveler la majorité des 640 lampadaires de la cité balnéaire, frappés d’obsolescence. Le remplacement du parc par un équipement standard se chiffrerait à près de 700 000 euros. Le surcoût de dispositifs moins énergivores est estimé à 200 000 euros.

Le jeu en vaut la chandelle, soutient, catégorique, Jean-Luc Le Brigand. « Après deux mois de fonctionnement, on réalise déjà près de 65 % d’économie sur les factures d’électricité avec les lampadaires munis de détecteurs de présence, se félicite-t-il. Et on atteint 85 % d’économie avec le système d’éclairage à la carte. »

LE MONDE

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