Demain, pourrons-nous manger nos emballages?

Demain, pourrons-nous manger nos emballages?

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Encore meilleur que le tri sélectif.

Imaginer que les achats alimentaires de demain puissent être dénués d’emballages, ou plutôt dotés d’un conditionnement qui se mange, voilà un concept intrigant qu’on se devait de filmer pour mieux l’illustrer. Le journaliste vidéo Olivier Clairouin et moi-même nous sommes rendus pour cela au Laboratoire, « lieu d’art et de design aux frontières de la science », situé non loin de la rue du Louvre, à Paris. Notre objectif ? En savoir plus sur le projet Wikicell, dont l’ambition est de réinventer l’emballage en le rendant comestible. Rien de moins, oui oui.

L’emballage alimentaire qui se mange

Quand on sait que 32% des ordures ménagères sont liées aux emballages et que la quantité de nos déchets a doublé en quarante ans pour atteindre 590 kilos par personne et par an, on comprend pourquoi le gouvernement souhaite réduire de 7% la production de déchets d’ici à 2014. Ce type de produit pourrait donc bientôt faire partie de notre quotidien.

David Edwards, professeur à Harvard, membre des Académies nationales de technologies aux Etats-Unis et en France et fondateur du Laboratoire, s’est inspiré de la nature pour imaginer les Wikicells. Observant la structure du grain de raisin, de l’œuf ou de la noix de coco, où une coque dure protège une peau molle qui préserve de l’humidité, il a créé des bouchées de fromage, de yaourt, de glace ou de cocktail dont la pellicule extérieure se lave et se déguste comme on le ferait avec un fruit.

 

Pour avoir goûté la glace, le fromage et le yaourt, je peux vous assurer que les Wikicells sont vraiment délicieux. La glace m’a fait penser aux fameux rochers des réceptions de l’ambassadeur… en version plus fraîche et raffinée. Le fromage est tout simplement parfait pour l’apéro, en magnifique substitut des cubes apéritifs à languette rouge suremballés d’aluminium…

De multiples avantages

Concrètement, les Wikicells présentent plusieurs avantages : ils réduisent le suremballage et s’intègrent ainsi dans une série d’innovations du genre, du contenant qui se dissout à celui qui se biodégrade. Mais ils ont aussi pour avantage de générer des économies : l’emballage représente jusqu’à 20% du coût du produit fini, et David Edward affirme que les Wikicells seront économiquement plus avantageux. La peau des Wikicells est élaborée avec trois sortes de composants : des particules naturelles (comme la framboise séchée ou le chocolat en poudre), qui sont gélifiées par du calcium ou du magnésium (ions alimentaires) et agrégées avec un troisième composant mineur, des molécules consommables d’alginate ou de chitosan. « Ces composants ne coûtent pas cher » d’après le créateur, et ont le bénéfice d’être entièrement naturels.

D’un point de vue gastronomique, la voie est ouverte à d’infinies créations. Comme l’emballage se mange, il peut aussi se déguster et agrémenter de son parfum et de ses nutriments l’équilibre d’une composition culinaire. Pour le yaourt, par exemple, la pellicule menthe-petits pois est succulente. En version sucrée, il est possible d’imaginer une peau banane-framboise. Pour les cocktails, pourquoi ne pas créer des bouchées d’un nouveau genre, où l’arôme de la boisson pourra être enrichie par la cellule qui le contient… à siroter à l’aide d’une paille ou à croquer d’un coup d’un seul ? Gan Bei !

David Edwards nous a d’ailleurs dit réfléchir à la création de Wikicells pour le café: « Ce produit nous intéresse beaucoup. Imaginez le nombre de tasses jetables utilisées chaque jour pour le boire ! Nous pourrions l’emballer de chocolat, de caramel, le boire avec une paille spéciale et éliminer le plastique… »

Mettre les bouchées doubles

Plusieurs obstacles doivent encore être franchis pour assurer le succès des Wikicells. A commencer par les habitudes de consommation et les questions d’hygiène, qui reviennent majoritairement dans les craintes exprimées à l’équipe du Laboratoire. Mais « en allant vers la nature, il faut accepter les règles de la nature… », relève David Edwards.

Si les Wikicells se passent à l’eau sans problème, il est nécessaire d’assurer la mise en place d’une logistique adaptée. Pour cela, le créateur envisage trois canaux de distribution : en supermarchés, où les produits seront vendus dans des boîtes en bagasse (résidu fibreux de la canne à sucre), biodégradable en une trentaine de jours ; mais aussi dans les enseignes de restauration rapide où un distributeur de Wikicells permettra aux consommateurs de choisir la taille, le contenant et le contenu désirés. Le prototype actuel fabrique 300 Wikicells à l’heure. A terme, la machine pourra en créer 1 000 à l’heure.

Enfin, l’équipe du Laboratoire envisage également la création d’une « Wikipresto », machine que nous pourrions avoir à domicile pour créer nos propres Wikicells, sorte de robot ménager d’un nouveau genre en mesure de répondre à vos compositions les plus folles directement emballées à la sortie – sans que cela ne règle pour autant la question de l’emballage des ingrédients nécessaires pour les réaliser. Le terme « wiki » fait d’ailleurs référence à l’univers de possibles et au pouvoir de création que chacun pourra développer avec ce produit. Quant à savoir si la démarche pourrait être plus « ouverte » (comme un vrai « wiki »), cela n’est pas possible en raison des brevets nécessaires actuellement pour développer et certifier un produit alimentaire de grande consommation.

David Edwards négocie actuellement avec plusieurs industriels intéressés par de futures applications en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Wikicell Design, la structure qui développe le projet, a levé récemment 10 millions de dollars auprès de deux fonds américains, Flagship Ventures et Polaris Venture Partners, pour développer ses produits qu’elle souhaite commercialiser en France et aux Etats-Unis à partir de 2013.

En Afrique du Sud, des WikiEau ont d’ores et déjà été utilisés pour apporter, via la peau des bouteilles comestibles, des vitamines et des minéraux adaptés aux populations locales.

Si cela vous emballe, vous pourrez tester les Wikicells dès le début de l’année 2013, directement au laboratoire.

Source: lemonde.fr

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