Alors que le WWF France publie une vidéo sur l’avenir incertain de la biodiversité marine, focus sur Barush Rinkevich, un biologiste israélien qui œuvre pour la préservation des coraux.
 
A Eilat, port situé au Sud d’Israël, ce spécialiste de l’Institut national d’océanographie de Haïfa  ambitionne de restaurer les récifs coralliens de la mer Rouge, actuellement menacés par le réchauffement climatique, l’acidification des océans, la surpêche et la pollution. Sélectionné par le programme français Shamengo, constitué de journalistes, de techniciens et d’informaticiens qui souhaitent « participer à un monde meilleur » en donnant la parole aux acteurs du développement durable dans le monde, M. Rinkevich est un pionnier en matière de préservation des récifs coralliens, véritables refuges d’une biodiversité aussi unique que fragile. C’est en effet lui qui a mis au point la « sylviculture sous-marine », qui consiste à prélever des fragments de corail adulte et à les repiquer directement dans l’eau suivant les principes du bouturage, une technique utilisée par les forestiers et les jardiniers dans leurs pépinières.
 
 
Initiée en 2000, la sylviculture sous-marine n’a pas tout de suite donné lieu à des expériences concluantes. « Par hasard, nous avons eu l’idée d’installer la pépinière entre deux eaux et là, à notre grande surprise, le corail a poussé à une vitesse incroyable », relate le biologiste. En n’utilisant qu’un seul type de bourgeon, il ne pouvait cependant pas reconstituer la diversité génétique des coraux essentielle à la survie des écosystèmes. La solution ? Capturer des œufs et du liquide séminal dans l’océan au cours des périodes de frai – c’est-à-dire les périodes de ponte et de fécondation – à partir desquels les scientifiques ont obtenu des larves installées dans des bassins. Un an plus tard, ces jeunes coraux ont été greffés sur un récif et force est d’admettre que cette technique, bien qu’assez coûteuse et complexe, a permis de restaurer une biodiversité aujourd’hui en grande difficulté, 95 % des récifs coralliens dans le monde étant menacés de disparition à l’horizon 2050.
 
Après avoir repeuplé les fonds marins d’Eilat en implantant 7 000 coraux, M. Rinkevich, qui « (veut) être copié », mène depuis la fin de la décennie écoulée des expériences de restauration des récifs en Jamaïque, aux Philippines, à Singapour, en Thaïlande et au Zanzibar (Tanzanie). D’après lui, jusqu’à 99% des bourgeons repiqués dans l’eau survivent et peuvent être introduits sur les récifs après douze à dix-huit mois. Un vrai motif d’espoir alors que le WWF publie une vidéo baptisée « 2048 : une mer déserte » pour alerter sur le déclin de la vie sous-marine. Selon l’ONG, il ne resterait plus que 10% des stocks de grands poissons par rapport aux années 1950. De quoi encourager la généralisation de la sylviculture sous-marine.