L’essor de la production d’énergie solaire photovoltaïque fait courir des risques de coupures d’électricité au niveau local si la production dépasse la demande, a déclaré Michellele Bellon mardi 22 juin à l’AFP. Selon la présidente d’ERdF, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité,  »à fin 2013, nous devrions avoir plus de 50.000 producteurs décentralisés sur le réseau. (…). Comment va-t-on gérer toute cette production non prévisible, aléatoire ? Ca va être extrêmement complexe ».

Cette déclaration a suscité la protestation des professionnels du solaire.  »Nous invitons

[Michelle Bellon] en Allemagne qui a déjà dépassé dans son mix électrique le seuil d’1% d’électricité solaire qu’a retenu le Grenelle de l’environnement pour 2020 en France, écrit Enerplan dans un communiqué du mercredi 23 juin. Si peu d’électricité solaire ne déstabilise pas le réseau électrique allemand ». Pourtant, fin 2009, la puissance installée et connectée en Allemagne s’élevait à 9.785 mégawatts (MW), contre 272 MW en France… 

Pour l’association, cette déclaration d’un représentant d’ERdF est symbolique d’une  »peur face au changement après avoir été imprévoyant pour faire face à la politique solaire française depuis 2006 ». Une référence aux obstacles administratifs et aux très longs délais de raccordement d’installations photovoltaïques au réseau électrique, depuis simplifiés et raccourcis, au moins sur le papier.

Des évolutions s’imposent à partir d’un seuil de 10%

Pour le Syndicat des énergies renouvelables (Ser) et sa branche photovoltaïque Soler,  »il n’est pas nécessaire d’apporter des modifications majeures à notre réseau tant que la France ne disposera pas d’un parc d’une puissance 100 fois supérieure à celui d’aujourd’hui ». Le syndicat évoque une étude européenne publiée l’an dernier démontrant  »qu’aucun changement majeur n’est nécessaire jusqu’à ce que 10% des consommateurs d’électricité soient équipés d’installations de 5 kilowatts. Il serait nécessaire, en revanche, pour atteindre 20 %, de moderniser le système de gestion du réseau. »Actuellement, le nombre de producteurs en France métropolitaine représente 0,1% des consommateurs d’électricité…  »Aucun risque de black-out n’est à craindre », affirme le Ser.

Dans son rapport consacré à l’énergie photovoltaïque publié en juillet 2009, le député Serge Poignant (UMP, Loire-Atlantique) jugeait que  »le photovoltaïque ne bouleversera pas l’équilibre du réseau traditionnel à court ni même à moyen terme » même si son  »irruption à grande échelle » commencerait à poser problème quand il représenterait 10% de l’électricité globale.  »L’architecture générale du système [devra] être repensée avant que ne soit atteint le seuil d’un tiers ».