La biopiraterie, on commence à en parler. Mais qu’est-ce que c’est ?
De nouveaux produits apparaissent régulièrement dans nos rayons de cosmétiques. Des gels douche, shampoings, soins pour le visage, crèmes de nuit, crèmes anti-âge… Dans leur composition, les laboratoires choisissent en général un ingrédient à mettre en avant, un nom qui sonne exotique, de préférence : Aloe Vera et autres.
Des plantes découvertes à l’autre bout du monde, dont les laboratoires cherchent souvent à s’approprier le droit d’exploitation en déposant de nombreux brevets sur leur utilisation, parfois au détriment des peuples indigènes qui ont de ces plantes une utilisation journalière : c’est la biopiraterie.
Avec ce système de dépôt de brevet, on se retrouve parfois face à des situations proprement ubuesques, où les populations qui se servent de ces plantes depuis des générations se retrouvent à devoir payer des droits aux industries pharmaceutique ou cosmétique pour conserver leurs traditions. Un exemple illustre à merveille ce propos : celui d’un américain qui, il y a quelques années a découvert un haricot jaune méconnu sur un marché mexicain. Sitôt rentré chez lui, il s’empresse de le faire breveter et demande aujourd’hui des royalties aux paysans mexicains pour l’exportation de cette matière première. Et ces genres de cas sont multiples, avec bien souvent les grands laboratoires européens, américains ou japonais aux commandes.
Malgré cette concurrence, des sociétés plus éthiques commencent à voir le jour et à rencontrer le succès sur un principe simple : s’interdire de breveter le vivant. C’est notamment le cas de la société Aïny, fondée par Daniel Joutard, qui propose des gammes de produits cosmétiques fabriqués à base de 99% d’ingrédients d’origine naturelle, et dont 100% des actifs végétaux sont issus de l’agriculture biologique. Pour M. Joutard, qui a passé beaucoup de temps auprès de peuplades d’Amérique Latine, lorsqu’une société s’affranchit de la biopiraterie, « ce sont l’efficacité des produits et l’histoire qui vont être portées, qui se nourrissent des connaissances collectives des gens qui sont les acteurs de la biodiversité, à savoir les peuples autochtones ».
Bien que le présent article traite de la biopiraterie, ce sujet n’est reste pas moins confidentiel, et le boss d’Aïny déplore qu’il s’agisse d’un « sujet important qui n’est pas du tout travaillé aujourd’hui, puisqu’il est nouveau et qu’il émerge ». Peut-être faudra-t-il un scandale à grande échelle pour que les dirigeants se penchent sur ce cas… En attendant, la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra en octobre 2010 à Nagoya devrait proposer un cadre qui permette d’accéder aux ressources végétales et aux connaissances collectives, sans porter atteinte à leurs utilisateurs historiques. Ce cadre restera néanmoins imparfait puisqu’il ne résoudra pas le problème des brevets. Il y a donc encore du travail.
Si le sujet vous intéresse, nous vous recommandons d’aller faire un tour sur biopiraterie.org –  un collectifs d’associations et d’organisations luttant contre ce phénomène – et sur la rubrique « biopiraterie » du blog d’Aïny où l’on trouve interviews, portraits ou plus simplement articles en rapport avec le sujet.