Une photo envoyée au blog promotionnel de la Brown Corporation par deux clients en voyage dans les steppes de Mongolie. «Après avoir vu les autres lutter pour faire un trou dans le sol, ces boîtes sont un vrai soulagement. Merci!», écrivent-ils. Développée par une société anglaise, cette toilette portable connaît un succès grandissant grâce au buzz sur Internet. Son créateur Richard Wharthon, cible aussi bien les festivaliers que les camps de réfugiés.

1989. Festival de Glastonbury. Richard Wharton, jeune britannique d’une vingtaine d’années, sort de sa tente pour se rendre aux toilettes. Mais la fosse qui sert aux festivaliers lui retourne l’estomac. Il se rabat alors sur une boîte à mouchoirs vide. L’idée de la «shit box», ou toilette portable, est née : une boîte en carton réutilisable sur laquelle s’asseoir pour faire ses besoins.

Ce n’est qu’en 2006, le temps de devenir un designer de chaussures très couru à Londres avec Office Shoes, que Richard Wharton donne vie à l’objet via la Brown Corporation. Il transforme l’étui à mouchoirs en une boîte en carton pliable, 100% recyclable. L’utilisateur assemble les différentes parties pour donner naissance à un siège solide pouvant supporter jusqu’à 100 kilos. Une ouverture permet de glisser un sac entièrement biodégradable et étanche. Une fois utilisé, le sac est jeté, la boîte repliée et glissée dans son étui pour un usage futur. «Nous avons réalisé 50 prototypes pour les tests. Ca a marché donc nous avons déposé un brevet très coûteux», explique le créateur qui n’hésite jamais à se mettre en scène pour faire la démonstration:

«Cette toilette portable est très utile en camping ou pendant les festivals. Quand on a pas le choix, dans la nature, c’est plus confortable d’être assis», explique le créateur. «Personnellement, j’en ai toujours une dans la voiture, pour mes enfants en bas âge. Ils peuvent demander à s’arrêter pour des besoins urgents», ajoute Richard Wharton. Des boîtes à la taille des enfants ont d’ailleurs été créées. Comptez 13,84 livres pour les modèles de petite taille et 15,67 livres pour le modèle pour adulte. Les ventes se font uniquement par Internet sur le site de la société. La livraison comprend la boîte, dix sacs et des serviettes. Camouflage militaire, drapeau britannique : les modèles peuvent même être personnalisés.

«Un cadeau original»

«Nous avons d’excellents retours de nos clients. Les ventes se font beaucoup en Europe où il y a pas mal de festivals», explique le patron de la société. Les ventes aux Etats-Unis, qui souffraient de la parité livre-dollar, décollent aussi depuis le lancement d’un site entièrement américain en juin dernier.

Avec des boîtes en carton fabriquées en Chine et aucun salarié – la société fonctionne avec cinq autres associés qui utilisent leurs entreprises respectives pour produire et commercialiser le produit -, la Brown Corporation se porte bien. «Nous ne sommes pas endettés. Les profits que nous réalisons nous servent pour le moment à fournir les stocks et payer les brevets», confie Richard Wharton.

Sa société est parvenu à tenir ses deux premiers objectifs : pénétrer le marché des festivals et signer des contrats avec près de quarante clients, dont des français comme Pixmania. «Ils mettront à disposition la shit box sur leur site. Cela peut faire un cadeau de Noël original», note le fondateur.

Viser les humanitaires

Mais Richard Wharton a de plus grands objectifs sur le long terme. L’inventeur rêve de voir sa toilette portable équiper tous les camps de réfugiés et autres camps humanitaires en situation de catastrophe. «L’enjeu sanitaire est très important. Dans ces endroits, où les gens font leurs besoins n’importe où, la shit box va permettre d’éviter de répandre les déchets et donc de réduire les maladies», explique Richard Wharton. Ce sujet a été très sérieusement débattu lors de la World Toilet Expo à Singapour, réunion organisée par la World Toilet Organisation, une association à but non lucratif dont les 235 membres militent pour une amélioration des conditions sanitaires dans le monde.

L’argument, «moins sexy que la lutte contre le cancer» aux dires du concepteur, a déjà convaincu l’Unicef et la Croix Rouge, que Richard Wharton a approchées lors du séisme d’Haïti. Les deux organisations ont validé son concept il y a quatre mois mais elles attendent de le voir se développer pour être certaines de son efficacité. En attendant, une version entièrement imperméable a été développée pour les pays où les moussons sont fréquentes. D’après la Brown Corporation, l’usage des sacs revêt en plus une utilité environnementale pour les pays en développement: «stockés dans un endroit précis, ils peuvent être réutilisés comme fertilisants au lieu de se retrouver dans les égouts».

Mais ces développements nécessitent des investissements importants en temps et en argent pour des productions industrielles à grande échelle. Un enjeu qui dépasse la petite entreprise londonienne. «Je me donne encore deux ans, le temps de développer le concept et convaincre d’autres acteurs. Ensuite je vais vendre la société car je ne pourrai plus m’en charger. J’espère convaincre des grands groupes comme Unilever par exemple, qui eux, ont la capacité de porter le projet. Pour l’instant, je ne suis même pas dans leur radar», sourit Richard Wharton.