Pour mesurer l'impact environnemental de l'activité humaine, il existe la méthode d'Analyse du Cycle de Vie (ACV)

[1]. Introduite dans les années 70, cette méthode se base sur la notion de développement durable et permet d'avoir une vision globale de l'impact environnemental et de prévoir le déplacement de la pollution. Mais cette méthode possède malheureusement quelques faiblesses, comme par exemple le problème de représentativité géographique : les impacts étant différents d'une région à l'autre, une analyse ACV est difficilement transposable et reste souvent spécifique d'une région.

En collaboration avec un homologue argentin, des chercheurs espagnols de l'Université Autonome de Barcelone [2] ont mis au point une méthode perfectionnée de l'ACV: en plus de l'associer à un Système d'Information Géographique (SIG) [3], ils ont inclus, pour la première fois au monde, des indicateurs de désertification. Les scientifiques ont ainsi étudié et classé quinze zones naturelles selon quatre indicateurs biophysiques de désertification – degré d'aridité, érosion du sol, surexploitation des aquifères et risque d'incendie – auxquels ont été attribuées des valeurs relatives comprises entre 1 et 10. La somme des valeurs de chaque indicateur donne une valeur de risque de désertification. Parmi ces quinze aires naturelles ou écorégions, huit ont été classées en danger. Et pas des moindres ! A elles seules, elles représentent 38% de la surface terrestre.

Les différentes "régions à risque" sont présentées dans un article publié dans la revue "International Journal of Life Cycle Assessment" [4]. Celles qui courent le plus grand risque, avec un risque estimé à 7,6 sur 10, sont celles du désert subtropical, c'est-à-dire l'Afrique du Nord, du Proche-Orient, de l'Australie, du sud-ouest de la Chine et de la zone ouest de l'Amérique Latine. La zone Méditerranée, quant à elle, présente un risque de désertification qui s'élève à 6,3 sur 10, c'est-à-dire le même risque que la steppe tropicale et subtropicale.

En ce qui concerne les causes de ces désertifications, les auteurs pointent du doigt, entres autres, la surexploitation des aquifères, et estiment que la mauvaise utilisation du sol peut mener à sa dégradation. Et elle se produit dans des zones arides, semi-arides ou subhumides comme l'Espagne, la dégradation conduit à la désertification et les effets peuvent être irréversibles et génèrent des zones totalement inexploitables. Ainsi, les zones les plus à risque en Espagne sont les bassins du Júcar, du Segura, et la partie sud-est de celui de l'Ebre (voir carte).

[1] ACV: L'ACV consiste à inventorier les flux de matières et d'énergies entrants et sortants à chaque étape du cycle de vie d'un produit. A partir de ces données, il est ensuite réalisée une évaluation des impacts environnementaux, les plus couramment retenus étant l'effet de serre, l'acidification, l'eutrophisation, l'épuisement des ressources naturelles. On retient également en général comme indicateurs la consommation d'énergie et la quantité de déchets générés.

[3] SIG: Système d'information capable d'organiser et présenter des données alphanumériques spatialement référencées, ainsi que de produire des plans et des cartes.

[2] Montserrat Núñez – SosteniPrA – ICTA – Universidad Autónoma de Barcelona – 08193 Cerdanyola-del-Vallès (Barcelona) – Email: montserrat.nunez@uab.cat

[4] "Assessing potencial desertification on environnemental impact in life cycle assessment", Núñez et al, Int J Life Cycle Assess. DOI 10.10007/s11367-009-0126-0
– El Mundo, 11/02/10
– ADN, 18/02/10