Le lac fait partie des cinq lacs d’Amérique du Nord, qui constituent l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde.

Lorsqu’au milieu des années 1980, un écologiste suggéra d’utiliser les eaux profondes et très froides du lac Ontario (Canada) pour climatiser les immeubles de la ville de Toronto, «ce fut un éclat de rire général», raconte Yianni Soumalias, l’un des représentants de la société Enwave qui gère les réseaux énergétiques de la cité.

Quelque vingt-cinq ans plus tard, le système fonctionne parfaitement bien dans 56 bâtiments. Sa capacité totale étant d’une centaine d’immeubles, il peut assurer le refroidissement de plus de 3 millions de m². «Un réseau de cette importance n’existe nulle part ailleurs», poursuit le porte-parole de l’entreprise. S’il a coûté près de 250 millions de dollars canadiens, soit aussi cher qu’un investissement classique, il permet à l’entreprise de s’afficher en vert. «C’est comme si on supprimait la demande en énergie d’environ 7000 foyers chaque année, on évite les émissions dans l’atmosphère de 79 000 tonnes de CO2 et on économise également 45.000 kg de gaz réfrigérant CFC»(destructeur de la couche d’ozone), souligne la brochure d’Enwave.

Le système est d’autant plus performant qu’il est adossé au réseau d’eau potable. Cette eau qui est pompée dans les profondeurs du lac à 4° Celsius va refroidir grâce à des échangeurs thermiques un réseau fermé destiné à la climatisation des bâtiments. Quotidiennement, près de 380 000 m³ d’eau sont pompés dans le lac. Une bricole! Le lac Ontario fait partie en effet des cinq lacs d’Amérique du Nord, qui constituent l’une des plus grandes réserves d’eau douce au monde.

83 mètres de profondeur

«Nous avons beaucoup de chance car nous n’avons pas à aller très loin pour récupérer l’eau glacée», poursuit Yianni Soumalias. Les bords du lac étant très rapidement abrupts, les émissaires au nombre de trois descendent à 83 mètres de profondeur. La ville voisine de Chicago (États-Unis) qui avait un temps envisagé de mettre en place un système identique a finalement abandonné l’idée. Il aurait fallu tirer des tuyaux sur une douzaine de kilomètres pour pouvoir récupérer la précieuse eau froide.

Jusqu’à présent les effets du réchauffement climatique ne se sont fait sentir que pour les eaux de surface, pas en profondeur. Mais les experts surveillent de très près. Un réchauffement des eaux profondes aurait en effet un impact majeur.