L’Europe a voté, mais une fois de plus sans enthousiasme ni grande mobilisation. Si les partis au pouvoir l’emportent pour la plupart, les partis écologistes créent la surprise, notamment en France, avec la liste menée par Daniel Cohn-Bendit.

Au lendemain des élections destinées à élire les députés européens qui siégeront pendant 5 ans au Parlement de l’Union, et qui voient simultanément se mobiliser environ 375 millions d’électeurs, un résultat apparaît certain pour la France : l’UMP, l’abstention et l’écologie sont les trois grands vainqueurs de l’élection européenne.

Une abstention en hausse…

Alors qu’ils étaient 45,47% en 2004 lors du dernier scrutin, en moyenne, seuls 42,94% des 375 millions d’électeurs se sont déplacés entre le 4 et le 7 juin dans les vingt-sept pays de l’Union.
En France, seul quatre Français sur dix se sont déplacés pour voter, dimanche, aux élections européennes puisque selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur, l’abstention atteint 59,52% (contre 57,2% d’abstention en 2004). Le faible intérêt des citoyens Européens pour ce scrutin, persiste donc une fois de plus.

L’UMP échappe au désormais traditionnel vote sanction en France

Les droites européennes membre du Parti Populaire Européen majoritaire actuellement au Parlement l’emportent de loin, en Hongrie (67%), Pologne (45%), Espagne (42%), Italie (40%) Allemagne (38%). En France, l’UMP réalise son meilleur score pour ce genre de scrutin avec 27,87% et échappe ainsi, aidée de toute évidence par la forte abstention au vote sanction devenu quasi traditionnel en France, a fortiori quand le climat économique et social est tendu.
Dans un communiqué, le président Nicolas Sarkozy a salué lundi le succès de l’UMP. Les Français ont marqué leur reconnaissance pour le travail accompli pendant la présidence française de l’Union européenne et leur soutien aux efforts engagés par le gouvernement pour sortir d’une crise mondiale sans précédent, commente l’Elysée. Toutefois, l’Europe doit changer. Les réformes doivent continuer. Le président de la République prendra dans les jours qui viennent des initiatives ouvrant de nouveaux chantiers, poursuit le communiqué.

Les écologistes font le plein de voix

Les listes à dominante écologiste font un bon score dans l’ensemble de l’Union, notamment en Grèce et en Suède, augmentant de près de 50% leur nombre de sièges. En France, « Europe Ecologie » conduit par le député sortant Daniel Cohn-Bendit, dépasse la barre des 16%.

Le mouvement né d’une alliance entre les Verts et des personnalités de la mouvance écologiste et associative (Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly, José Bové, Jean-Paul Besset, Sandrine Bélier, Yannick Jadot, Hélène Flautre, Michèle Rivasi) a créé la surprise en talonnant le Parti Socialiste de quelques dixièmes. En effet, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, Europe Ecologie obtient 16,28% des voix, contre 16,48% au Parti socialiste et 8,45% pour le MoDem, le parti de François Bayrou.

En terme de siège, selon les dernières projections, l’UMP décroche 29 sièges contre 17 actuellement. Le PS n’aurait plus que 14 élus (contre 31 en 2004), c’est-à-dire le même nombre que pour Europe Ecologie. Le MoDem en aurait 6, le Front de gauche 4, le FN 3 (contre 7 actuellement) et Libertas 1 siège (liste Villiers).

Daniel Cohn-Bendit s’est réjoui de ce succès. C’est un grand moment pour l’écologie, a-t-il dit, plaidant lors d’une conférence de presse pour une force autonome de l’écologie politique à l’échelle européenne.C’est le fait du rassemblement, je crois, qui a été important, le fait qu’on soit capable de rassembler les différentes familles de l’écologie, a quant à lui indiqué, hier, José Bové sur TF1. Les gens ont compris qu’il y avait une dynamique qui se lançait. Eva Joly, ancienne juge engagée dans la lutte contre les paradis fiscaux, s’est dite extraordinairement heureuse : Je trouve que c’est une immense responsabilité, notamment les promesses que nous avons faites envers l’Afrique pour le développement, la lutte contre les paradis fiscaux et pour plus de justice entre le Nord et le Sud, a-t-elle déclaré sur France 2 estimant que la victoire d’Europe Ecologie est celle d’une alliance de personnalités extraordinairement complémentaires.
Au final, sur 736 députés européens élus, 52 (dont 14 pour la France) sont issus des différents partis écologistes d’Europe.

Le ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo a confié dimanche soir à l’AFP que c’est la cause du développement durable qui a gagné et que personne n’est propriétaire de cette cause. Il explique ce scrutin d’une façon simple : les Français ont soutenu les listes qui ont parlé d’avenir, d’Europe et de planète. Je lis cette élection comme l’élection du nouveau siècle. 

D’autres estiment que la diffusion de «Home », le film documentaire consacré à l’Environnement de Yann Arthus-Bertrand qui a réuni 8,3 millions de téléspectateurs vendredi soir sur France 2, n’est pas sans lien avec le bond en avant d’Europe Ecologie. Interrogé ce matin sur Europe 1 au sujet de l’influence de la diffusion de son film deux jours avant le scrutin, le photographe a estimé évident qu’on a donné des voix 

[à la liste Europe Ecologie de Daniel Cohn-Bendit]. Il se défend toutefois d’un parti pris indiquant que le film était prévu très longtemps avant que la date des élections européennes ne soit connue.

Du côté des associations environnementales, FNE a tout de suite salué le score réalisé par les listes d’Europe Ecologie. Ce résultat significatif est susceptible de conforter et de redéfinir la place de l’écologie dans la vie politique et d’ouvrir un nouveau dialogue, estime France Nature Environnement. Il faut que demain soit écologique ! Il est temps de comprendre que l’urgence écologique est au cœur des préoccupations des Français qui sont dans l’attente d’actes politiques concrets. Se battre dos au mur chaque jour contre des textes et projets qui menacent la planète n’est pas notre vocation ! souligne Sébastien Genest, le Président de FNE. La fédération en profite pour demander au Gouvernement de tirer les leçons du scrutin en abandonnant certains projets contraires à l’esprit du Grenelle et en prenant les mesures indispensables à la lutte contre la crise écologique.? A la lecture des suffrages exprimés hier, FNE demande notamment une interdiction immédiate de l’insecticide Cruiser, une position exemplaire de la France pour les négociations climatiques de Copenhague en décembre et la réorientation du plan de relance pour créer les conditions d’une économie verte.