Le 29 août, s’est ouvert, dans le cadre de la Biennale de Venise, l’exposition « Le Palais Lumière : une sculpture habitable ». Elle présente en détail le projet architectural du couturier français : la construction d’un ensemble de 250 mètres de haut . Monument qui créé la polémique dans la Cité des Doges.

Un espace industriel à l’abandon, sale et pollué : drôle d’endroit pour y élever une tour de 65 étages, un monument tout ce qu’il y a de plus moderne et luxueux. Pas aux yeux de Pierre Cardin, qui a choisi, après l’accord du conseil municipal vénitien le 25 juillet dernier, de poser ses valises à Porto Marghera, port industriel de Venise. Originaire de San Biagio di Callalta, en Vénétie, le styliste présente son projet comme un « cadeau à (sa) terre. » Avec un objectif : « concentrer dans un lieu unique tout ce qui peut être utile au public » : trois tours reliées par six disques et réunies en une seule,  sur 250 000 mètres carrés, avec 284 appartements, 34 000 m² d’hôtels de grand luxe, un auditorium de 7 000 places, vingt restaurants, dix cinémas ou encore, une université de la mode. Une ville lumière, et même plus : le couturier a confié vouloir offrir à Venise « un grand jardin pour l’éternité. » Et un royaume géant, pour la postérité.

Un beau rêve qui n’a pas été du goût de tous. Les associations locales de défense du patrimoine s’égosillent depuis l’annonce de cette construction, critiquant son impact sur le paysage vénitien. Ce que nie Cardin : « on ne la verra pas de Venise. » L’ex-maire de la Sérénissime, Massimo Cacciari, juge le projet « horrible », susceptible de dénaturer la lagune. Pour lui, ce « Palais » est un véritable cadeau empoisonné. Son successeur Giorgio Orsoni y voit au contraire une aubaine en pleine crise économique. Il ne peut se permettre de perdre un projet qui emploiera 5 000 personnes. Quid de la place d’un tel monument dans une Cité classée et surprotégée ? Interrogé par le Figaro, Cardin n’y voit pas le moindre inconvénient  : « nous sommes à plus de dix kilomètres du centre de Venise, sur la terre ferme. »

Une sculpture 100% écolo

Outre son « utilité » économique, cet ensemble à la gloire de Cardin serait un bienfait pour la planète : le couturier dont « le vert est (sa) couleur » veut en effet faire du palais Lumière un centre entièrement écologique. L’énergie y sera (ou serait) générée par des centrales éoliennes, voltaïques, géothermiques, et donc autosuffisante. Même les usines qui occupent actuellement le terrain seront en premier lieu dépolluées. Verte ou non, cette « folie » va coûter cher à l’homme d’affaire français qui a prévu de la financer à hauteur de 1,5 milliard d’euros sur ses fonds propres. En attendant,l’exposition « Le Palais Lumière : une sculpture habitable », qui a lieu du 29 août au 25 novembre dans le cadre de la Biennale d’architecture de Venise, a pour mission de prouver l’intérêt de ce projet. Un palais qui marque « le renouveau de l’Italie (…) le symbole d’une nouvelle Renaissance », promet Cardin. Dangereuse tour de Babel pour certains ou puissant Colosse de Rhodes pour d’autres, le palais Lumière devrait être achevé en 2015, afin d’être inauguré lors de l’exposition universelle de Milan. Le thème de celle-ci ?