Face à la menace permanente de la montée des eaux, le gouvernement des Pays-Bas, pressé par les sombres prévisions des spécialistes du climat, met en place une nouvelle politique de protection de son territoire.

«Anticiper plutôt que réagir » tel est le mot d’ordre du Ministère des Transports, des Travaux Publics et de la Gestion des Eaux, qui, dès 2000, a proposé de laisser plus de place à l’eau afin de mieux la contrôler. Cela suppose un grand changement de technique mais surtout de mentalité.
De plus, avec une densité des plus fortes au monde (465 h/km²), les Pays-Bas n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. Mais ce pays, pour qui la lutte contre l’eau est séculaire, a su développer un système unique de coopération entre différentes infrastructures. Une organisation complexe de relations entre secteur public, Instituts de recherches privés et publics, Institut technologique de l’eau, ONG, et secteur privé s’est mise efficacement en place.
« Trouver des solutions innovantes »
Ces différents acteurs doivent désormais lutter contre la montée du niveau de la mer, les risques de débordement des principales rivières pendant les mois d’hiver, et leur forte décrue en été, conséquences annoncées du réchauffement climatique. Secteurs de l’agriculture, de l’économie, du transport, de l’aménagement du territoire et bien sûr de l’écologie sont, entre autres, concernés. En bref, l’eau, est ici plus qu’ailleurs un élément primordial qu’il faut savoir contrôler et qui concerne tout le monde. « Pour nous, la collaboration est le pont indispensable pour contribuer et suppléer au savoir dans le secteur de l’eau, de l’aménagement de l’espace et du changement climatique » déclare Bert Satijn, directeur de programme de l’association « Vivre avec l’Eau » (LwW) chargée notamment de coordonner pas moins d’une soixantaines de projets. Il faut « rassembler des personnes qui autrement ne se seraient jamais (ou rarement) rencontrées » renchérit Carel Jan Reigersman, son président. Plus qu’à des problèmes techniques, c’est à des enjeux de gestion et de communication qu’il faut faire face. Il s’agit maintenant de partager le savoir afin qu’« en 2009, les Pays-Bas aient amassé des nouvelles connaissances et développé des méthodes pour faire face à l’aménagement des eaux. Il s’agit de savoirs dont nous ne disposions pas avant. Ils nous permettront de résoudre de manière innovante les problèmes de l’eau pendant la période 2015-2020 », affirme Rein van der Kluit, de l’association « Vivre avec l’Eau ». Le projet est ambitieux et les moyens financiers qui lui sont aloués sont à la hauteur : le programme « Vivre avec l’Eau » bénéficie, en effet, d’un budget de 45 millions d’euros au total.
Un exemple de coopération : le plan : « Espace pour la Rivière »
Si les digues avaient toujours été le moyen de se protéger des eaux, elles sont devenues obsolètes. Pour lutter contre une montée des eaux prévue par les spécialistes du changement climatique, le gouvernement opte pour une nouvelle technique : laisser plus d’espace à la rivière pour mieux en contrôler son débit. Ainsi, en 2002 le plan « espace pour la rivière » est lancé : le but est d ‘atteindre une capacité de décharge de 16 000 m3 par seconde(contre 15 000 actuels) des rivières Neder-Rijn, Lek, Waal et Ijssel (bras du Rhin) d’ici 2015. Il s’agit de contrôler 350 km de rivières répartis sur quatre provinces pour protéger 4 millions d’habitants des risques d’inondation, mais aussi d’améliorer la qualité de l’environnement. Outre les ministères impliqués – transports, travaux publics logement, agriculture…-, des organisations nationales, des investisseurs privés et des architectes se réunissent en groupes de travail. Cette approche collective, publique et privée, permet de résoudre des problèmes complexes dans un minimum de temps. Le résultat est là : 500 mesures sont présentées devant le Parlement en un temps record. Une réponse pragmatique et efficace.