Les petits producteurs n'ont plus l'accès à l'eau ni aux pâturages
 
Premier exemple détaillé dans le documentaire, l'étonnante ascension de l'industriel indien Ram Karuturi, parti en Ethiopie pour se hisser pratiquement au premier rang des producteurs mondiaux de roses, vendues surtout en Europe. Héritage d'un régime communiste, toutes les terres appartiennent à l'Etat éthiopien, un des pays les plus pauvres de la planète, dont 13 millions d'habitants ont bénéficié en 2009 de l'aide du Programme alimentaire mondial. Le gouvernement, adepte de l'économie libérale, a décidé de mettre 3 millions d'hectares à la disposition des investisseurs étrangers.
 
Pour la population paysanne locale, cela signifie l'exil ou alors des conditions de travail et de salaire dictées par les nouveaux propriétaires. «Rien dans notre contrat ne nous impose de créer des emplois ou de construire des écoles et hôpitaux», souligne Ram Karuturi, «mais on le fait quand même». Il emploie 6.500 personnes dans ses serres pour produire 1,5 million de roses par jour et vient d'acquérir 300.000 hectares supplémentaires pour y faire du maïs, de l'huile de palme et du riz. «On peut y produire 3 millions de tonnes de riz, 10% du marché mondial», selon lui. Sur ses nouvelles terres, les petits producteurs et éleveurs n'ont plus l'accès à l'eau ni aux pâturages pour les bêtes. L'administration a bien mis en place un service de «réclamation», mais aucune plainte n'a été déposée.
 
Des investissements qui permettent «de doubler la valeur des actifs en 5 ans»
 
En Argentine, le Français Olivier Combastet promet à ses investisseurs «de doubler la valeur de leurs actifs en 5 ans». Les surfaces agricoles achetées assureront un très haut rendement grâce «à la technologie», autrement dit les semences transgéniques de soja qui résistent à la sécheresse, entre autres. En Uruguay, le soja est ainsi devenu la principale culture passant de 10.000 ha en 2001 à 600.000 ha, au grand dam de la biodiversité, selon les défenseurs de l'environnement. Les petits producteurs locaux déchus sont, eux, repoussés à la périphérie des villes. Le documentaire, diffusé par Arte mardi à 20h40, sera suivi d'un débat.