La “foule”, en finançant des projets qui “lui” tiennent à cœur, devient le décideur, le financier et en partie le bénéficiaire en cas de succès.

“Le véritable progrès démocratique n’est pas d’abaisser l’élite au niveau de la foule, mais d’élever la foule vers l’élite”, a écrit Gustave Le Bon. Le “crowdfunding”, littéralement le “financement par la foule”, n’est-il pas en train de permettre la réalisation cette pensée ambitieuse ? Le financement communautaire était en effet depuis le XVIIIe siècle cantonné aux actions de charité. L’Internet a totalement diversifié cette activité et l’a remise au goût du jour dans les domaines les plus variés et imaginables.

Première industrie touchée par la déferlante Internet et par le P2P (échanges entre particuliers, par le biais du téléchargement), la production musicale a été logiquement la première à tester l’investissement collectif. Partant du principe que les internautes financeront ce qu’ils aiment, des sites tels www.sellaband.com ou www.MyMajorCompany.com permettent de découvrir des artistes inconnus mais de talent et de les financer en échange de contreparties exclusives et une participation financière en cas de réussite commerciale.

Désormais, le champ d’intervention du crowdfunding n’a plus de limites : la production cinématographique est à portée de tous avec www.movie-angels.com qui propose d’investir dans des films sélectionnés pour la qualité et l’expérience des équipes artistiques et techniques qui les portent. Pour les passionnés de BD, direction www.sandawe.com, site belge forcément, dont la plateforme met en contact des lecteurs avec des auteurs qui cherchent à voir leur projet publié.

www.KissKissBankBank.com a un slogan louable : “Soutenons la création ensemble !” Et le site remplit bien sa mission puisqu’il s’adresse à tous ceux qui ont des projets artistiques, créatifs, humanistes ou écologiques et qui souhaitent en conserver l’intégralité de la propriété intellectuelle tout en trouvant des fonds pour les financer et en tissant en même temps un lien particulier avec les contributeurs.

Mais spontanément, lorsque l’on parle financement, on pense “entreprise”. La référence mondiale est www.kickstarter.com qui en moins de 4 ans a financé 30 000 projets pour plus de 350 millions de dollars. En France la législation rend les essais timides ; un site comme www.FriendsClear.com essaie de combler le vide, mais en arrive à une usine à gaz qui passe par un partenariat avec une banque (!) et des financements qui restent des prêts plutôt qu’une participation au succès.

Cependant, l’avenir du crowdfunding se trouve peut-être dans une direction encore insoupçonnée mais que la crise va révéler : pour la première fois au monde, une collectivité locale (anglaise, ne rêvez pas !) a décidé d’utiliser le système pour permettre aux citoyens de financer des entreprises locales et favoriser ainsi le tissu économique proche. Lancashire utilise donc www.fundingcircle.com et le financement privé pour mener au mieux sa mission… publique.