Le groupe s’ancre dans le pays avec le dessalement et l’électricité.

Gérard Mestrallet, PDG de Suez , n’est pas peu fier de ses équipes au Moyen-Orient. Elles viennent de décrocher le contrat de production d’eau dessalée et d’électricité le plus important au monde sur la zone industrielle de Ras Laffan au Qatar. Les géants Siemens, International Power, General Electric, AES, Marubeni, Hyundai et Hitachi étaient sur les rangs, mais c’est le franco-belge qui a remporté le contrat géant.

Dès 2011, c’est donc Suez qui fournira à la population environnante des millions de mètres cubes d’eau de mer dessalée ainsi que l’équivalent de la consommation d’électricité de 3 millions d’habitants. Du jamais-vu jusqu’ici dans le monde.

Le contrat, qui doit durer 25 ans, devrait rapporter 23 milliards de dollars en tout. La part de Suez, qui s’élève à 20%, est garantie pour environ 4,5 milliards de dollars sur la période. Car, comme dans tous les autres contrats signés par Suez dans la zone, il n’est pas seul aux manettes. Cette fois-ci, le groupe s’est allié au japonais Mitsuiet aux deux sociétés publiques locales Qatar Petroleum et Qatar Electricity and Water Corp. Ailleurs dans la région, Suez est partenaire du belge Besix, du japonais Marubeni ou encore du français Total et de groupes locaux. Comme dans beaucoup d’autres contrats de dessalement de la région, Suez a dû faire appel à son éternel rival Veolia. En effet, ce dernier est l’un des seuls à disposer de la technologie la mieux adaptée pour la salinité de l’eau du golfe Persique : le dessalement par évaporation ou dessalement thermique. Ce qui a contribué à en faire le numéro un incontesté du dessalement dans le monde avec 7,4 millions de m³ traités par jour.

Troisième réserve mondiale de gaz

Et la région réserve encore de très belles perspectives pour les deux groupes français. «Non seulement il y a encore de très beaux projets dans la production d’eau, mais également dans l’assainissement. En effet, tous les pays de la zone sont en train de se rendre compte de l’urgence à traiter leurs eaux usées. C’est un phénomène très récent mais qui est en pleine explosion», explique Patrice Fonlladosa, PDG de Veolia Water Afrique, Moyen-Orient et Inde.

 

Mais, pour Suez, l’intérêt du contrat de Ras Laffan ne réside pas uniquement dans la taille du projet ni du chiffre d’affaires. «Je tenais beaucoup à ce contrat , affirme Gérard Mestrallet, car il ancre durablement notre présence dans l’un des premiers pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL).» Le Qatar fournit déjà de 10 à 15% du gaz négocié par Suez dans le monde et a même détrôné l’Algérie, pourtant partenaire historique du groupe en Belgique. Le GNL est, avec le nucléaire, le cheval de bataille du groupe. À lui seul, Suez détient 8% du marché mondial et sa part se renforcera significativement après sa fusion avec GDF. Et le Qatar, troisième réserve mondiale de gaz, est incontournable.

Du coup, on comprend mieux l’intérêt hautement stratégique de Ras Laffan. Située sur la côte nord du Qatar, la ville industrielle qui s’étend sur 106 kilomètres carrés et devrait doubler de taille dans les prochaines années est l’unique port d’exportation de GNL du Qatar. Il accueille déjà tous les géants mondiaux du gaz et du pétrole : Shell, ExxonMobil, QatarGas… Et devra donc bientôt compter avec le nouvel ensemble GDF Suez. Mais le mastodonte devra faire preuve de patience, car le Qatar a suspendu tout nouveau contrat d’approvisionnement jusqu’en 2012.