À perte de vue, des panneaux photovoltaïques, bien alignés les uns à côté des autres. Nous ne sommes pas en plein milieu d’un désert californien, mais à Toul, au cœur de la Lorraine, où EDF Énergies nouvelles (EN) vient discrètement de raccorder au réseau la plus grande centrale solaire de France, en lieu et place d’une ancienne base aérienne de l’Otan devenue ensuite la « 136 » de l’armée française, avant d’être désaffectée depuis 2004.

Sa puissance maximale (135 mégawatts-crête) est équivalente à la consommation électrique de 60 000 habitants. L’investissement est évalué à un peu plus de 430 millions d’euros.

EDF EN VERSE UN MILLION D’EUROS DE LOYER PAR AN

Le projet, qui a été porté par l’ancienne ministre Nadine Morano, élue de la région, est présenté aujourd’hui par les dirigeants d’EDF EN comme exemplaire. « Totalement pollué, le site que nous avons entièrement remis en état était devenu une véritable verrue pour l’État et les collectivités locales, qui ne pouvaient rien en faire. Il y avait de l’amiante dans les bâtiments et des cuves enfouies dans le sol, avec du carburant qui avait coulé. On a même retrouvé des jeeps enterrées » , raconte Marc Chiron, le chef du projet.

Les pouvoirs publics sont gagnants. EDF EN verse un loyer d’environ un million d’euros par an, jusqu’en 2041. Après, si le bail n’est pas renouvelé, le groupe s’est engagé à rendre le site vierge.

Le chantier a duré plus d’un an avec, au plus fort des travaux, 650 personnes. Le résultat est impressionnant : 8 000 tonnes de terres polluées ont été évacuées, 170 bâtiments ont été désamiantés et 280 ont été rasés. Avec, au final, 1,7 million de panneaux vissés sur les sols en béton, correspondant aux anciennes pistes et aux aires de stationnement de la base, soit 120 hectares.

NICHOIR À CHAUVES-SOURIS ET PLANTES MELLIFÈRES

Le projet se veut, en tout cas, « écologiquement correct » . Des nichoirs ont été installés pour préserver les chauves-souris de la région. Des plantes mellifères ont été mises en place pour les abeilles. Entre certaines rangées de panneaux, des « corridors biologiques » pour la faune sauvage ont été installés et trois tranches de panneaux ont même été surélevées pour maintenir sur place un élevage de moutons. Sur les 522 hectares du site militaire, la centrale n’en occupe d’ailleurs « que » 367.

Hormis les bases militaires, de telles disponibilités foncières sont très difficiles à trouver, souligne Marc Chiron. Et, selon lui, « le manque de soleil observé en Lorraine par comparaison avec les régions méditerranéennes est compensé par la taille du site ». Les panneaux de l’américain First Solar, qui a été choisi pour équiper le site, seraient aussi conçus pour ce type de luminosité.

TARIF DE RACHAT DE L’ÉLECTRICITÉ 17 % PLUS ÉLEVÉ

Filiale d’EDF à 100 % depuis l’an dernier, EDF EN a aussi âprement négocié avec les autorités le tarif de rachat de l’électricité produite à Toul. Il serait de 17 % plus élevé que pour les régions du sud de la France, afin de garantir l’équilibre économique de la ferme solaire de Meurthe-et-Moselle.

EDF EN n’en est pas à son coup d’essai dans ce genre de projets. La première centrale solaire construite en France par l’entreprise l’a été à Narbonne, en 2008, sur un site classé Seveso.

Fin septembre, la filiale d’EDF a mis en service, en Eure-et-Loir, une centrale de 60 mégawatts-crête, également sur une ancienne base de l’Otan. Comme à Toul, le site a eu droit à une dépollution complète, avec l’évacuation de 2 500 tonnes de déchets amiantés et de 2 000 tonnes de terres polluées. « Nous sommes des développeurs d’énergie verte, affirme Antoine Cahuzac, le directeur général d’EDF EN. On construit les centrales, on les exploite, on assure la maintenance et à la fin on les démantèle. C’est un vrai plus d’être présent sur toute la chaîne. Cela rassure les élus locaux et les investisseurs qui participent avec nous aux projets. » Très présent aux États-Unis (32 % de sa capacité installée, contre 17 % en France), EDF EN reste cependant surtout actif dans l’éolien, qui représente 85 % de sa production. Le groupe dit avoir 10 % du marché français du photovoltaïque.