Au côté des labels très exigeants auxquels adhèrent de plus en plus d'exploitants forestiers, l'Europe impose une traçabilité du bois. 

Les très exigeants labels de certification pour les bois tels que le FSC seraient-ils en passe d'être marginalisés par une législation européenne moins contraignante? Certains posent aujourd'hui la question. Les ardents promoteurs du règlement adopté par l'UE ne manquent pas d'arguments pour affirmer le contraire.

Le FSC (Forest Stewardship Council) a été créé en 1993, après le sommet de la terre à Rio. Il propose aux grands exploitants forestiers de se plier à un cahier des charges extrêmement sévère sur les questions environnementales, sociales et économiques en échange de l'obtention d'un label de qualité susceptible de faire la différence sur le marché européen. Il concerne aujourd'hui quelque quinze millions d'ha dans les forêts tropicales dont cinq pour le bassin du Congo et près de trois pour la seule République du Congo. «Or aujourd'hui, l'Europe impose un système de traçabilité qui n'est que juridique et donc beaucoup moins exigeant que les systèmes de certification», s'inquiète Clotilde M. Ngomba, la coordinatrice du fonds pour les forêts du bassin du Congo.

Lancé en 2003, le programme européen qui répond à l'acronyme Flegt (Forest Law Enforcement, Governance and Trade process) «vise à endiguer la production et le commerce illégal du bois», explique Alain Pénelon, conseiller régional pour la Comifac (Commission des forêts d'Afrique centrale). Avec un objectif: concerner le plus grand nombre d'exploitations forestières. «On a eu raison de pousser au FSC les grandes exploitations», assure Benoît de Marquez, le directeur du cabinet d'expertise Terea, «mais il est très contraignant et très cher et les petites entreprises ne peuvent pas le suivre. Le système Flegt leur est destiné». Selon la Banque mondiale, la perte de valeur marchande due aux coupes illégales représente plus de 10 milliards de dollars et la perte de revenus pour les gouvernements, 5 milliards.

Légalité encouragée 

La principale mesure de Flegt vise à établir un accord de partenariat entre l'Europe et un pays producteur. Celui-ci précise les critères permettant d'assurer que le bois importé en Europe est bien d'origine légale. Il prévoit sa traçabilité, les systèmes de vérification… «La mise en œuvre d'un accord Flegt peut prendre trois, voire quatre ans», insiste Alain Pénelon. Un délai tel qu'en octobre, le Parlement européen a ratifié un nouveau règlement interdisant l'arrivée sur le sol européen de bois ou de produits issus d'une exploitation illégale. «Ce sera aux opérateurs en Europe de s'en assurer», précise le spécialiste. Ce règlement sera applicable le 3 mars 2013.

«Je ne crois pas qu'il y ait un risque de concurrence entre les deux systèmes», poursuit-il. «Ce sont même des mécanismes parfaitement complémentaires», insiste Emmanuel Heuse en charge de Flegt en République démocratique du Congo. «Ces deux systèmes doivent grandir ensemble», ajoute-t-il. Les optimistes espèrent que la première étape de Flegt amènera ensuite les exploitations forestières à poursuivre vers la certification. Plus la légalité sera encouragée, plus la forêt sera protégée. Il y a urgence: malgré une amélioration depuis 2000, la déforestation tropicale reste très élevée. Elle est de 5,4 millions d'ha par an, soit l'équivalent de la surface du Costa Rica.